Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/323

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


au bord du ruisseau ; et durant l’été suivant, de l’eau pour entretenir la verdeur du jardinet.

Dès lors, la peur de la solitude s’en fut de lui, car il était occupé tout le jour au point d’avoir grand’peine, la nuit, à chasser le démon du sommeil, celui que saint Arsène l’abbé a signalé comme le plus grand ennemi du solitaire.

Il gardait en sa mémoire bonne provision de prières et de litanies auxquelles s’ajoutaient de longs passages de la sainte messe et d’autres offices. Et il comptait les heures du jour par ses divers actes de dévotion. Les dimanches et fêtes, lorsque le vent portait, il entendait les cloches de la ville natale qui lui permettaient de suivre le culte des fidèles, et de retenir les saisons de l’année liturgique. Si bien qu’à quérir l’eau de la rivière, à bêcher le jardin, à ramasser du bois pour son feu, à accomplir ses devoirs religieux, l’ermite ne connaissait pas un seul instant d’oisiveté. Les premiers temps, pendant les vigiles nocturnes, il avait eu très peur des étoiles, qui semblaient le surveiller d’un regard cruel, comme si elles percevaient la fragilité de son cœur et prenaient mesure de sa petitesse. Mais un jour, un clerc errant qu’il eut l’occasion d’héberger lui donna à entendre qu’au dire des plus savants docteurs en théo-