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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/318

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vallée, serpentèrent au flanc de la colline, et enfoncèrent les poternes. Pierres et feu grégeois grêlèrent du haut des remparts ; les rues retentirent du choc des boucliers ; les épées se heurtèrent dans les passages et les escaliers, lances et fauchards dégouttèrent sur des chairs prostrées, et le lieu calme et familier fut mué en charnier. L’enfant s’enfuit plein d’horreur. Il avait vu son père partir pour ne plus reparaître, sa mère tomber morte d’un coup d’arquebuse dans l’instant où elle se penchait de la plate-forme d’une tour, sa petite sœur égorgée sur les degrés de la chapelle ; et il s’était échappé, courant pour sauver sa vie, par les ruelles glissantes de sang, franchissant des corps encore chauds et pantelants, à travers les jambes des soldats en ribote. Il avait passé les poternes, et, au delà des fermes incendiées, des récoltes foulées, des vergers dépouillés, gagné le calme abri des bois, où, trouvant enfin un sol dont la face ne fût pas mutilée par la main de l’homme, il s’y laissa tomber et y pressa son visage.

Il n’eut nul désir de s’en retourner. Son seul vœu fut de vivre caché, loin de la vie.

Au flanc de la colline il trouva une roche creuse et construisit au-dessus de l’ouverture un auvent de branchages assujettis par des sar-