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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/299

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En y réfléchissant, le problème me parut même offrir de l’intérêt.

Accuser sa femme ? C’était trop simple ! Ses aimables modèles n’avaient même pas la consolation de dire que c’était Mrs Gisburn qui avait tué son ambition ; car Mrs Gisburn — en tant que femme de Jack — n’avait existé qu’environ un an après la détermination du peintre. Il était, en effet, possible qu’il l’eût épousée par amour du confort et parce qu’il ne voulait pas continuer à peindre ; mais il aurait été difficile de prouver qu’il avait renoncé à la peinture parce qu’il l’avait épousée.

Toutefois, si ce n’était pas elle qui avait tué son ambition, elle n’avait ni su le ramener à son chevalet ni mettre en valeur son talent. Lui remettre le pinceau en main, quelle vocation pour une femme ! Mais Mrs Gisburn ne sembla pas le comprendre, et je trouvai piquant d’en rechercher le pourquoi.

La vie désœuvrée que l’on mène sur la Riviera se prête à de telles spéculations. Et un jour où j’allais à Monte-Carlo, ayant entrevu, à travers les pins, les terrasses à balustres de la villa de Jack, j’eus l’idée de me rendre chez lui le lendemain.

Je trouvai le ménage buvant le thé sous ses palmiers, et l’accueil de Mrs Gisburn fut si