Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/286

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’un tel crime eût mérité, puisque réellement vous avez agi par contrainte, tout au moins avez-vous péché par un manque de courage et d’énergie. Rentrez, mon fils, je vous ferai connaître ma décision.

Trois mois plus tard je reçus l’ordre de quitter ma paroisse et de partir pour l’Amérique, où on réclamait un prêtre pour la mission italienne de New-York, et je m’embarquai à Gênes. Je ne savais pas plus ce qu’était l’Amérique que le paysan de la montagne. Je m’attendais à être attaqué par des sauvages vêtus de plumes en débarquant, et pendant les premiers mois qui suivirent mon arrivée je souhaitais au moins une fois par jour qu’un tel sort m’eût été réservé. Mais il est inutile de vous raconter tout ce que j’ai souffert dans ces premiers jours. L’Église, selon son habitude, m’avait traité avec miséricorde, et sa punition était douce…

J’étais depuis quatre ans à New-York et je m’étais résigné à mon sort, lorsqu’on vint un jour me chercher pour un professeur italien malade qui réclamait un prêtre.

Il y avait à cette époque-là beaucoup de réfugiés italiens à New-York, et, comme ils avaient pour la plupart une certaine éducation, ils gagnaient leur vie en donnant des leçons d’italien aux gens de la société. Le messager me con-