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et, au-dessus de Milan, l’aube se levait toute rouge.

Si le soleil se leva rouge ce jour-là, il se coucha couleur de sang. Ce fut le premier des cinq jours de Milan — « les cinq jours glorieux », comme on les appelle. Roberto atteignit la ville un peu avant qu’on ne fermât les portes. Ceci nous parvint de source certaine, mais ce fut à peu près tout. Nous sûmes vaguement qu’il était au Broletto, d’où il dut s’échapper lorsque les Autrichiens firent sauter la porte, et, plus tard, dans la Case Vidiser avec Casati, Cattaneo et ses collègues ; mais après qu’on eut commencé d’élever les barricades, nous ne suivîmes ses traces que de loin en loin. Tantôt il avait été aperçu dans le gros de la mêlée, tantôt soignant les blessés sous les ordres de Bertani. On aurait supposé que sa place eût été plutôt dans le conseil, avec les chefs du parti, mais on était à une heure où chacun tenait à donner son sang, et où les hommes tels que Cernuschi, Dandolo, Anfossi, della Porta se battaient à côté d’étudiants, d’artisans, de paysans. Il est certain qu’on vit le comte le cinquième jour, car, parmi les volontaires qui se pressaient en foule derrière Manara, à l’assaut de la Porta-Tosa, se trouvait un serviteur du Palazzo Siviano, qui jura avoir vu son maître charger avec