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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/247

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Sainteté, le nouveau pape, devait se mettre à la tête de notre croisade. Mais en attendant, tout ce travail souterrain se faisait en secret, tandis que la Lombardie dansait, donnait des fêtes, mariait ses enfants et remplissait les fonctions civiles et militaires de l’empire. Pendant que cette vie continuait, Roberto demeurait enseveli dans ses projets, tels les mineurs de notre vallée qui passaient des mois entiers sous terre. Quoique je ne fusse pas son confident, je savais bien quelles étaient ses pensées, car elles se lisaient dans son œil illuminé. Il avait parfois le regard du visionnaire qui entend une voix secrète. Certes, nous l’entendions tous, cette voix, mais à nos oreilles elle se mêlait aux autres bruits, tandis que pour Roberto c’était un appel qui dominait les autres.

Tout était calme en apparence. Un cardinal autrichien régnait à Milan, et un pape autrichien de cœur siégeait à Rome. En Lombardie, l’Autriche demeurait en arrêt comme une bête de proie prête à nous bondir à la gorge si nous faisions un mouvement pour nous débattre. Les modérés, au parti desquels appartenait le comte Roberto, parlaient de prudence, de compromis, de l’éducation du peuple : mais si leur parole était prudente, elle cachait des desseins violents. Pendant plusieurs années, les Milanais avaient