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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/232

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les jambes ; à côté de lui, sur le siège, il avait posé un petit ballot enveloppé d’un mouchoir de coton rouge. La précaution avec laquelle, à mon approche, il s’empara du paquet, attira mon regard, et il répondit à mon coup d’œil par un sourire :

Ce sont, me dit-il, des fleurs pour les morts, les fleurs les plus belles des serres de M. Meriton — si figuri ! Un de mes jeunes paroissiens, qui est employé par le jardinier, m’apporte tous les ans, pour cet anniversaire, une superbe gerbe de fleurs — dans des cas comme celui-ci ce n’est pas un péché, ajouta-t-il, avec cette souplesse de jugement qui est un des grands charmes du caractère italien. Une quinte de toux l’arrêta.

— Et pourquoi voyagez-vous par ce temps de neige, monsieur le curé ? lui dis-je.

De son œil naïf, il me fixa gravement.

— Parce que c’est le jour des morts, mon fils, dit-il, et que je vais porter ces fleurs au cimetière pour honorer la mémoire du plus noble cœur qui ait jamais existé.

— Vous allez à New-York ?

— À Brooklyn, répondit-il.

J’hésitai un instant. J’aurais bien voulu l’interroger, et je me demandais si c’était à cause de sa toux, ou parce qu’il ne tenait pas à être