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savait aussi qu’elle voyageait l’été. Elle ne devait guère retourner à Rome avant l’expiration de son congé à lui. L’espoir de la rencontrer n’était donc pas compris dans son itinéraire.


La dame, dont l’entrée interrompit son solitaire repas dans le restaurant désert de l’Hôtel Villa d’Este, s’était assise. Son profil se découpait sur la vitre, et son front bombé, son nez aquilin et délicat, sa lèvre un peu dédaigneuse, rappelaient vaguement la silhouette de Marie-Antoinette. Dans la toilette et les mouvements de cette femme, jusque dans la courbe des poignets, tandis qu’elle se versait son café, Danyers crut distinguer un je ne sais quoi qui excluait à la fois toute idée de banalité et d’excentricité. C’était évidemment une femme qui avait été très excédée et passionnément intéressée. Le garçon lui apporta un Secolo, et comme elle se penchait sur le journal, Danyers observa que les cheveux enroulés au-dessus de son front commençaient à grisonner. Mais sa taille était droite et svelte et elle avait le dos élancé d’une jeune fille.

La vague du touriste anglo-saxon n’avait pas encore déferlé vers les lacs. À l’exception d’une ou deux familles italiennes et d’un jeune homme bossu accompagné d’un abbé, Danyers et la