Page:Walras - L’Économie politique et la justice.djvu/194

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Cette unique, cette originale, cette imprévue, cette incomparable opinion de M. Proudhon, d’ailleurs, est connue d’avance. M, Proudhon, avec Smith et Ricardo, met l’origine de la valeur et de la richesse dans le travail, sa mesure dans les frais de production. C’est de là qu’il partira. Donc M. Proudhon avec MM. Carey, Bastiat, Thiers, ne saura distinguer tout au plus dans le résultat de la production agricole qu’un salaire du travail et un profit des capitaux. Je dis tout au plus : car sans doute M. Proudhon qui nie même le revenu du capital artificiel, et qui prêche dans le désert la réciprocité de prestation et la gratuité du crédit, ne consentira pas à reconnaître le profit des capitaux engagés dans l’exploitation. Il ne verra partout que salaire de travail. Voilà où arrivera M. Proudhon.

M. Proudhon est un économiste comme un autre, et c’est de plus un économiste plus arriéré qu’aucun autre. Sa place est à la queue de l’école anglaise dont l’école française moderne a déjà dépassé la tête. J’ajoute donc que les quelques bribes d’économie politique empruntées par M. Proudhon à Ricardo non seulement ne l’autorisent point à trahir en public les faiblesses des savants pour s’en faire croire exempt, mais ne lui permettront pas davantage de montrer la cause d’aucun dissentiment. M. Proudhon ne montrera rien que son ignorance.

Point de richesse sans travail, ne fût-ce que celui de la simple appréhension : tout le monde est d’accord de ce premier principe.