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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/513

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est antérieure à la création poétique. C’est un phénomène occulte qui se produit dans la subconscience. Elle est une résultante affective de toutes sortes d’influences d’origines physiologiques aussi bien qu’intellectuelles. Elle est constitutive de l’état d’âme. Mais l’état d’âme, c’est le cas fréquent, peut très bien rester passif, partant stérile, ou même encore présider simplement aux manifestations les plus diverses de la vie extérieure, et rester ainsi étranger à toute poésie. Chez le poète, il est nécessaire que cet état d’âme passe du mode affectif à l’état actif, se dynamise en quelque sorte, et c’est sans doute alors qu’il prend le nom d’Inspiration. Pour qu’il y ait création poétique, il faudra donc que l’état d’âme, ainsi devenumotion d’âme, soit inscrit dans un symbole. Et cette inscription dans un symbole, c’est une intégration, et mieux, c’est une intégration de fonctions. Car les mots et les phrases, représentatifs de pensée, de sentiment et d’émotion, sont des valeurs, et ces valeurs sont des fonctions, attendu que les variations de l’une entraînent les variations de l’autre. Que le rythmeintervienne,etl’œuvre est née.

V. — Le symbole poétique intègre la connaissance en puissance, le rythme, facteur émotif, l’identifie à la vie psychique, et crée la poésie.

0 Ce dernier principe est une conclusion. Sans doute convient-il de nous prononcer aussi sur le symbole. Nous n’irons pas chercher des définitions compliquées. Pour nous le symbole est une généralisation de la pensée par l’image. Quantau rythme, nous l’avons dit plus haut, il n’a avec les règles prosodiques que des rapports de maitro à serviteur. Il est le mouvement même de l’inspiration, matérialisé en quelque sorte parle vers, et il a son origine dans les lois profondes de l’organisme et de l’univers. Il aboutit au don du poète, hors lequel, hélas ! il n’y a point de salut. Nous l’avons toujours affirmé. Le don du poète, avons-nous écrit déjà, est une condition psychique supérieure, comme l’héroïsme*.

1 Et pour aller jusqu’au bout de notre pensée, nous déclarerons encore que le langage des vers, s’il ne doit exprimer que des choses mille fois redites, ou même simplement connues de tous, nous apparaît comme une futilité, vouée aux railleries sous cape des gens d’esprit. On n’imagine pas, eu effet, en plein xx° siècle, un homme de valeur véritable s’appliquant à traiter en vers un sujet donné, ou à nous raconter ses petits ravissements ou ses petits déboires avec des rimes dans la voix. O vanité, se vouloir poète, et se proclamer tel ! Se croire supérieur à tous ces pauvres mortels à qui la destinée n’a pas donné la Vocation de Benserade ou de Chapelain ! Se rengorger de quel