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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/505

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CHANSON DE LA FIGURE DE PROUE

Je suis l’antique amant de la jeune aventure,
En notre épithalame ivre d’embrun amer,
Je veux vous mener, fils de l’Acte et de la Chair,
Dénouer l’horizon ainsi qu’une ceinture.

Eperonné d’horreur et fouaillé d’éclair,
Quand le vaisseau me suit et geint sous sa mâture,
J’aiguise en mon élan vers la chose future
L’angle passionné de l’étrave et la mer.

La coque se rebelle et pleure la poulie,
L’arbre au vallon natal rêve dans l’embellie.
Seul, stupide et sublime, aux quatre cieux je tends

Mes yeux infatigués de nourrir les mirages,
Ma lèvre où l’homme allier sculpta pour tous les temps
Cette soif d’Infini qu’abreuvent ses naufrages.

(Du Désir aux Destinées.)

ENVOI

Quand vous n’aurez plus froid, quand vous n’aurez plus faim.
Au temps du Maître juste et de la Bête heureuse,
Pour nos morts et les miens, notre heure douloureuse,
Souvenez-vous de moi, mes frères de demain.

Dites à la Beauté que je l’aimai plus belle
Du fond d’un siècle épais scellé d’or et de fer,
Où l’Esprit adorant et l’inquiète Chair
N’honoraient qu’en secret sa jeunesse immortelle.

Et qu’elle songe alors près de l’amant joyeux
(Ce sera moi toujours et je l’aimerai mieux !)
Au blasphème aboli dont je baisai l’injure

A ses pieds paresseux que devança mon sort ;
Afin qu’en entendant mon nom que l’oubli mord,
Elle se presse, heureuse, ù ma lèvre future.

(Du Désir aux Destinées.)