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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/495

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La peur rôde alentour des échos soucieux ;
Le sol, vieux fossoyeur, lui-même se recueille,
Et des pleurs sont tombés on ne sait de quels yeux
Sur l’humide tombeau de la dernière feuille.

Dans la forêt meurtrie aucun souffle, aucun bruit ;
Mais au travers du bois la lune qui regarde…
Qu’est-ce donc que le ciel complote avec la nuit
Sous l’œil faux et hagard de la lune blafarde ?

(Rimes paysannes.)

L’ARMOIRE NORMANDE

Près de la huche, sous le chaume
Où fleurit Jeanne ainsi qu’un lis,
Comme la reine du royaume
Se tient l’armoire du pays.
C’est le bijou de la famille,
Un ancêtre le cisela ;
C’est aussi la dot d’une fille,
Ce vieux grand meuble que voilà.

Elle est solidement montée :
Sa ferrure est en fer forgé,
Et de sa corbeille sculptée
Pas une rose n’a bougé.
En ses rosaces se marie
L’églantine aux fleurs du pommier,
Et la tourterelle apparie
Son rêve au rêve d’un ramier.

Chacune de ses quatre planches
Supporte de beaux draps de lin,
Des nappes, des chemises blanches,
Des robes, des rubans sans fin.
Et tout en haut, touchant le faîte,
Encore animé d’un frisson,
Gît le bonnet des jours de fête,
En dentelle et point d’Alençon.

Elle est en chêne fin, si grande
Qu’on y pourrait dormir à deux