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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/489

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Trop longtemps j’écoutai le conseil endormeur :
Déjà la terre, au loin, d’aurore s’illumine ;
Lève-toi, prends la graine et courbe ton échine,
Car le jour est venu de semer, ô semeur !

Regarde, une clarté là-bas est apparue…
Dans les sillons qu’ouvrit le soc de la charrue,
O semeur, enfouis les germes du futur ;

Et que, pour les moissons profondes et vivaces.
Ton geste largement érigé sur l’azur
Soit le geste qui fait s’épanouir les races !

LABEUR

Lente, voici venir la fin de la journée :
Le soleil moins ardent se teinte de carmin ;
Mais la tâche n’est pas encore terminée,
Et l’horizon gémit d’un grand effort humain.

Rumeurs, appels mêlés au refrain des voix nettes
On dirait une ruche en fièvre ; et, vers le ciel,
Vers le beau ciel d’été tout vibrant d’alouettes,
La terre épanouit son rêve fraternel.

Un conseil de sagesse et de bonté s’exhale
Des sillons, pour fleurir les approches du soir
Dans une renaissance immense et triomphale
Des êtres à l’orgueil et du monde à l’espoir.

Sur le passé fumant vibre la moisson mure :
Les calmes travailleurs dès l’aube sont venus,
Les faux, parmi les blés, avec un doux murmure.
Plongent au mouvement rythmique des bras nus ;

La plaine, sous l’éclair des lames, irradie,
L’odeur des sèves monte en un brouillard vermeil
Gloire à toi, vieille glèbe où fermente la vie,
Et gloire à vous, là-bas, qui chantez au soleil !

Car voici que pour nous est né le pain superbe
Dont la chair se gonfla de tout l’or des couchants.
Gloire à nous, le soir grave a béni chaque gerbe,
Et la paix de la nuit s’écroule sur les champs !