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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/479

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Je vous laisse, dans l’ombre nmère de ce livre,
Mon regard et mon front,
Et mon âme toujours ardente et toujours ivre
Où vos mains traîneront.
Je vous laisse le clair soleil de mon visage,
Ses millions de rais,
Et mon cœur faible et doux, qui eut tant de courage
Pour ce qu’il désirait…
Je vous laisse ce cœur, et toute son histoire,
Et sa douceur de lin,
Et l’aube de ma joue, et la nuit bleue et noire
Dont mes cheveux sont pleins.
Voyez comme vers vous, en robe misérable,
Mon Destin est venu. Les plus humbles errants, sur les plus tristes sables,
N’ont pas les pieds si nus.
Et je vous laisse, avec son treillage et ses roses,
L’étroit jardin verni Dont je parlais toujours, — et mon chagrin sans cause
Qui n’est jamais fini…

JEUNESSE

Pourtant tu t’en iras un jour de moi, Jeunesse,
Tu t’en iras, tenant l’Amour entre tes bras.
Je souffrirai, je pleurerai, tu t’en iras,
Jusqu’à ce que plus rien de toi ne m’apparaisse.

La bouche pleine d’ombre et les yeux pleins de cris,
Je te’.rappellerai d’une clameur si forte
Que, pour ne plus m’entendre appeler de la sorte,
La-Mort entre ses mains prendra mon cœur meurtri.

Pauvre Amour, triste et beau, serait-ce bien possible
Que vous ayant aimé d’un si profond souci,
On pût encor marcher sur le chemin durci
Où l’ombre de vos pieds ne sera plus visible ?

Revoir sans vous l’éveil douloureux du printemps,
Les dimanches de mars, l’orgue de Barbarie,