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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/475

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LA SPHINGE

Notre pensée intime est un vaste royaume
Dont le drame profond se déroule tout bas.
Toute chair emprisonne un ignoré fantôme,
Toute âme est un secret qui ne se livre pas.

Et c’est en vain, ô front ! que tu cherches l’épaule,
Refuge en qui pleurer, aimer ou confesser ;
L’être vers l’être va comme l’aimant au pôle,
Mais l’obstacle aussitôt vient entre eux se dresser.

Car au fond de nous tous, ennemie et maîtresse,
La sphingc s’accroupit sur son dur piédestal,
Et tout épanchement de cœur, toute caresse,
Soudain se pétrifie à son aspect fatal.

Sa présence toujours aux nôtres se mélange,
Sa croupe désunit les corps à corps humains ;
Au fond de tous les yeux vit son regard étrange,
Ses griffes sont parmi les serrements de mains.

Et lorsque nous voulons regarder en nous-même
Pour nous y consoler et nous y reposer,
La sphinge est là, tranquille en sa froideur suprême,
L’énigme aux dents et prête ù nous la proposer.

(Occident.)

LA MORT

Je crisperais aux draps mes poignes refermées
Et, pleurant par ma chair la dernière sueur,
J’expirerais, l’œil plein de la suprême peur,
La bouche ouverte encor par les affres pâmées.

La pâleur sculpturale et calme des camées,
Alors, envahirait mon masque sans chaleur ;
Et, sans ame, sans plus jamais de rythme au cœur,
Je dormirais parmi les cires allumées.

Ah ! mourir !… Si mon corps sous le marbre poli
Se reposait, tout jeune, avec la fleur d’oubli
Vite poussée au coin de la croix protectrice,