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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/459

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Ainsi qu’une superbe et divine maîtresse,
Elle offre ses seins durs à l’astre éblouissant
Qui promène sur elle une chaude caresse
Dans le lit lumineux où sa gloire descend.

Et l’immobilité haletante de l’heure
Laisse monter du sol une senteur de miel,
Parfum mystérieux du baiser qui l’effleure
Quand il unit sa vie à la clarté du ciel.

Terre, qui sous les dards aigus de la lumière
Etales tes flancs roux, pâmés de volupté,
Dans ma chair qui frémit comme toi tout entière,
Je porte un cœur plus chaud que le soleil d’été.

L’amour est le rayon dont il brûle sa vie,
Et chaque rêve meurt s’il n’en est pas touché,
Car il tient hautement les ombres asservies
Comme la lampe d’or dans les mains de Psyché.

Mais mon ardent plaisir et ma gloire secrète,
C’est de pouvoir verser la vie et la clarté
Dans un cœur qui, toujours soumis à sa conquête,
Lui tend, comme la terre au soleil, sa beauté.

Notre petit amour est plus grand que le monde,
Il réfléchit en lui tout le rêve amoureux,
Comme se réfléchit au creux tremblant de l’onde
La grâce de la rive et l’infini des cieux.

Et je goûte les jours offerts à mon attente
Comme je goûterais la pulpe d’un raisin.
En savourant le fruit de la grappe pesante,
Une heure après une heure, un grain après un grain.

Aussi, quand je me penche en rêvant sur ton âme
Où frémit le désir, où palpite l’aveu,
Je sens brûler en nous l’amour comme une flamme,
Et vibrer dans mon cœur l’orgueil de l’Astre-Dieu.

[Les Voiles blanches.)