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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/452

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Ne soyons point celui qui recule et se cache
Et, d’avance vaincu, Craint d’aimer, de souffrir, de créer : c’est un lâche,
Il n’aura point vécu.

12 février 1904.

ALORS QUE NOUS NOUS EFFAÇONS…

Alors que nous nous effaçons,
Ainsi qu’au penchant des saisons
L’or des éphémères moissons ;

Que sous les paupières qui saignent
Et dans les larmes qui les baignent
Tant de regards blessés s’éteignent ;

Que, du soleil abandonnés,
Cendreux bleuets embruinés,
Tant d’yeux humains se sont fanés ;

Que, pareilles aux flots qui roulent
Leur cours aux grèves qui s’écroulent,
Les générations s’écoulent,

Et qu’à l’abîme qu’il pressent
Chaque homme va disparaissant,
Tel un naufragé pâlissant ;

Pendant qu’aux pentes des vallées
Filtrent, des tombes descellées
Et du marbre des mausolées,

Et des sépulcres crevassés
Sous les vieux ormes délaissés,
Tourbillons par le vent poussés,

Tant d’ombres et de cendre vaine,
O Nature calme et sereine,
Tu te dresses comme une reine,

Et, debout a travers le temps,
Toujours jeune et sans changement,
Subsistant invinciblement,