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LA VIE ARDENTE

La joie de vivre, c’est peut-être la libération.

Ibsen.

Que la vie rutilante ou sombre se déploie,
L’âme ouverte accueillons,
Avec des pleurs d’amour, avec des cris de joie,
Son ombre et ses rayons.
Que l’ardente tempête où la nuit se déchaîne,
Courageux alcyons, Impétueusement consentants nous entraîne
Dans ses noirs tourbillons.
Aimons le tendre Avril ouvrant les primevères
De ses baisers déments ;
Aimons l’été si lourd qui pèse sur la terre
Ainsi qu’un corps d’amant ;
L’automne sensuel et trouble qui chancelle
Des grappes dans les mains,
Et qui meurtrit les cœurs en ses paumes cruelles
Comme il fait des raisins.
Aimons, quand vient l’hiver, écouter ce rapsode
Sinistre, le vent fou,
Accompagnant au bois où des fantômes rôdent
Les hurlements des loups.
Aimons tous les labeurs ; dans la globe rugueuse,
Dont s’effritent les blocs,
Enfonçons en chantant et d’une main fougueuse
La charrue à plein soc.
Aimons au fond du soir, qui rêve la cadence
Lointaine des fléaux,
Et, par les matins frais, l’envol qui se balance,
Courbant les blés, des faux.
Aimons tout de la vie, adorons jusqu’aux larmes
L’amour mystérieux, Obéissons au rite où le désir s’acharne,
Comme au geste d’un dieu.