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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/446

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ÉLÉGIE D’ÉTÉ

Dans ce long jour d’été, la paix qui l’accompagne,
Ah ! qui me donnera, comme aux jours d’autrefois,
Le soleil étendu sur la vaste campagne,
La retraite cherchée au plus épais des bois !

Ah ! qui me donnera la fraîcheur de la source
Où je buvais parmi les plantes et les fleurs !
L’herbe tendre, le chant des oiseaux et la course
D’un insecte au travers des bruits et des couleurs !

Qui me rendra la vie et les raisons de vivre !
Séparé des grands bois, de l’air pur et des champs,
Je souffre comme souffre, enfermé dans un livre,
L’essaim, fait pour voler, des rythmes et des chants !

Ouvrez-moi la nature et sa grotte profonde !
Que je mêle ma voix à celle des oiseaux !
Que tout mon sang bondisse et que mon cœur réponde
A la pulsation innocente des eaux !

Ici, c’est la langueur et c’est la lassitude !
Une ville s’étend qui repousse bien loin
Le silence fécond, la verte solitude,
La rêverie auguste et l’absence de soin !

L’été, de tous ses feux, sur la ville rayonne,
Mais il n’apporte pas ce plaisir enivrant
Que l’on goûte là-bas, là-bas où l’on moissonne,
Où le geste de l’homme est vraiment conquérant !

Qu’est-ce qu’une saison qui n’a pas sa couronne ?
Un été sans moissons, un printemps sans ses nids,
Et, mon cœur, ô mon cœur, un misérable automne
Qui ne vendange pas les lourds raisins bénis ?

Ah ! rendez-moi les jours de la terre natale !
Ces jours trop tôt vécus, mais vécus près de vous,
Ignorance des champs et candeur pastorale,
Entretiens et travaux qui me furent si doux !