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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/384

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Déjà l’oiseau chanteur et l’insecte strident ,- ’-’
Se sont tus. Du soir d’or émane une hantise ;
Mais l’homme passe, aveugle à ce que prophétise
Toute la lumineuse ampleur de l’Occident.

Rien nè se grave en lui des tendresses de l’heure !
Rien de la majesté des choses ne l’effleure.
Il passe hostile au rêve, indifférent aux Dieux.

Et pourtant, lorsque, las, au vieux chêne il s’adosse.
Ce laboureur pensif sous le ciel radieux
Evoque je ne sais quel obscur sacerdoce.

[Pèlerinages.)

PITIÉ DE FLEUR

La fleur a voulu croître, en sa grâce divine,
Dans l’aride chaos de cette âpre ravine.
Pitoyable, elle épand son âme tendre au fond
D’un gouffre où le vertige en la terreur se fond.
Elle reste la joie et la parure uniques
Du lieu farouche où, pris de soudaines paniques,
Comme un funeste vol passent les aquilons ;
Car ni l’éblouissante aurore aux reflets blonds,
Ni les éclairs pourprés que le soir ressuscite,
N’osent descendre au cœur de l’effroyable site.
Et le pâtre qui loin du foyer s’exila,
Et que sa troupe agreste a conduit jusque-là,
Avec les durs béliers errant de roche en roche,
S’il aperçoit la fleur sauvage, s’en approche,
Et, tandis que l’écho vibre au bruit de ses pas,
La contemple, songeur, et ne la cueille pas.

[Pèlerinages.)

AGIR

Cesse de méditer, ô Poète. Deviens,
Devant l’ample marée aux flots diluviens
Dont sans trêve gémit la plainte universelle,
L’âpre Archange de qui l’âpre glaive étincelle !