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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/345

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LES CIGALES

Ivre d’azur, d’aromes lourds, du vent qui brûle,
Vibration métallique du ciel ardent,
Crépite le cri d’or, inlassable et strident,
Des cigales parmi les pins du crépuscule.

Sur la lande déserte où la clarté recule
Par delà les bois noirs qui barrent l’Occident,
Ce chant, comme un bruit vif de flamme dans le vent,
Couvre un pas cadencé par des grelots de mules.

Puis le vent meurt avec la voix du muletier.
Le soleil, rouge, tombe au bout du long sentier.
Un instant les grands pins demeurent immobiles,

Mais, inlassablement, dans le silence lourd,
Crépite le cri d’or sur les sables stériles,
Parmi l’espace aride où meurt enfin le jour…

(Egloguea.)

GALOP SUR LA LANDE

Quand je presse tes flancs, bête nerveuse et fine,
Dans l’étau de mes jarrets durs, quand à ma voix
Tu t’enlèves par bonds souples et tu devines
Ce que je véux, au moindre geste de mes doigts,

J’ai l’orgueil de dompter ton corps ardent qui vibre,
Se cabre ou se détend, selon ma volonté, —
Et le vent du galop sur les espaces libres
Emplit toute ma chair d’une âpre volupté.

Ce matin dans l’aurore et sur la lande en flamme
Dont le lointain se perd loin des pignadas bleus,
Homme et Bête ! un grand souffle a confondu nos âmes,
Et la même lumière éblouissait nos yeux !

Semé d’ilots en fleur pleins de bruyères rouges
(Sur des dunes de sable et saignant au soleil
Où de grands troupeaux blancs font des vagues qui bougent
Autour des pâtrcs immobiles et vermeils) —