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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/332

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Mais le vomissement infâme des usines
En a fait un Averne odieux à l’oiseau…

Vis, reclus, dans ton âme aux visions divines.
Pour l’éloge ou l’affront, que nul n’y puisse entrer :
Ta conscience sait quels labeurs honorer,
Et pour quels manquements te flageller d’épines…
Laisse-les dire tous ; et marche en tes chemins,
Dans un dédain viril des jugements humains ;
Et chaque jour, à l’aube ayant poussé ta porte,
Foule, d’un pas altier, toutes ces feuilles mortes…

(La Vie Orgueilleuse.)

LA VIE

Je voudrais que mes vers fissent aimer la Vie,
Qu’on ne la chargeât plus, avec des poings crispés
Et l’inutile flot des larmes asservies,
De tous les rêves morts et des espoirs trompés ;
Mais qu’à nos calmes yeux, témoins incorruptibles,
La conscience enfin, passant notre âme au crible,
Relevât notre erreur et nos cris usurpés.

Lorsque s’exhale ainsi l’ennui de nos cœurs lâches,
Qu’au fond de nos sanglots nous demeurons tapis,
Pareils au moissonneur qui laisserait sa tâche
Et jetterait la faulx sur le champ plein d’épis,
L’osons-nous accuser des fièvres qui nous rongent ?…
A l’abri du soleil nos paresses s’allongent :
Et c’est notre remords qui pleure en nos dépits.

Le jeu d’un souffle éteint la flamme primitive ;
Un caillou sous la jante, et le char a versé ;
Nos esprits démâtés s’en vont à la dérive,
Au premier vent qui rit du gouvernail faussé ;
Et si notre chemin rencontre une colline,
Las avant de gravir sa pente qui s’incline,
Nous voudrions la voir devant nous s’abaisser…

Ne croyons pas la Vie une Moire obstinée,
Dont il faille prévoir et redouter les coups :
C’est en nos seins que gît le mot des destinées,