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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/322

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Et du même toucher dont elle endort la peine.
Du même frôlement délicat qui repasse
Toujours, elle délustre, elle éteint, elle efface,
Comme un reflet, dans un miroir, sous une haleine,

Les gestes, le sourire et le visage même
Dont la présence était divine et meurtrière ;
Ils palissent couverts d’une fine poussière ;
La source des regrets devient voilée et blême.

A chaque heure apaisant la souffrance amollie,
Otant de leur éclat aux voluptés perdues,
Elle rapproche ainsi, de ses mains assidues,
Le passé du présent, et les réconcilie ;

La douleur s’amoindrit pour de moindres délices ;
La blessure adoucie et calme se referme ;
Et les hauts désespoirs, qui se voulaient sans terme,
Se sentent lentement changés en cicatrices ;

Et celui qui chérit sa sombre inquiétude,
Qui verserait des pleurs sur sa douleur dissoute,
Plus que tous les tourments et les cris vous redoute,
Silencieuses mains de la lente Habitude.

[Le Chemin des Saisons.)

LES CHRYSANTHÈMES

Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !
Les rosiers sont morts, et les diadèmes
Des derniers soleils
Tombent, en pliant leurs tiges séchées,
Dans l’herbe où les fleurs sont déjà couché js
Pour les longs sommeils ;
Les géraniums, les phlox, les colchiques,
Les lourds dahlias, et les véroniques,
Et les verges d’or,
Gisent dans l’humus sous les feuilles mortes,
En proie au hideux peuple des cloportes,
Ouvriers de mort.