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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/314

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C’est là que vient prier le magnanime Ulysse,
Moins conduit par les dieux, Maurras, que par l’espoir.

Telles qu’une mouvante et matinale brume
Les ombres se pressaient, avides de parler,
La tourbe et les béros qu’un même feu consume :
Le désir d’être encor, fût-ce au prix du laurier !

S’il faut ouïr, Maurras, cette importune plainte,
Pourquoi ferai-je aux morts boire le sang vermeil ?
Et, d’un obscur trépas dussé-je avoir la crainte,
Cruel je n’irai point décevoir leur réveil.

1896.

DISCOURS

A Alexandre Desrousseaux.

Je veux, o Desrousseaux, façonner un lien
Qui, pressant votre front savant, accorde bien
(De ce double rameau couronne sombre et vive)"
Avec l’âpre laurier la mielleuse olive.
Je le dois à la Muse autant qu’à l’amitié,
Et le Ciel a tracé mon ouvrage à moitié.
Vous voyez, Desrousseaux, tandis que je les cueille,
Tous les arbres sacrés pencher vers moi leur feuille,
Mes mains les enchaîner d’impérissables nœuds,
Et je tarderais donc à fleurir vos cheveux !

Dans l’antre du passé qui sert d’asile au sage
Vous avez dès longtemps tourné votre visage,
Vous remontez le Styx, vous en suivez le cours.
Les campagnes d’Elyse ont éclairé vos jours
Devant que le tombeau vous en assure l’hôte :
La Parque n’a cédé cette faveur si haute
Qu’à bien peu seulement ; il vous était permis
D’y réveiller des morts mille fois endormis,
De chaque illustre esprit de faire votre maître,
Enfin de les aimer en les sachant connaître.

Ainsi comme les dons reçus des Immortels
Sont vers eux retournés au feu de leurs autels,
Ainsi premièrement que mon maître eut la lyre