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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/312

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Muses, honneur thébain, vous m’avez fait entendre
Une voix favorable à ma témérité,
Présage de la gloire où je saurai prétendre :

« Elève au-dessus des monts le luth cynthien
Que le couchant d’été retenait dans ses brises,
Et tu célébreras d’illustres entreprises,
Car un plus grand labeur ne vaudra pas le tien.

« Adolescent vanté, nourri par les abeilles,
Familier du Faune aux doubles cornes d’or,
Fréquente les sommets où Delphes s’ouvre encor,
De splendeur indicible illuminant tes veilles.

« Aux pauvres yeux mortels tout demeure caché :
Ton cœur mieux qu’un regard pénétrera les causes.
Quand tu verras jaillir du mystère des choses
La face éblouissante apparue à Psyché. »

1892.

PLAINTE DE TECMESSE

TECMESSE, s’adressant à Ajax.

Ajax, que j’ai nommé mon maître et mon époux,
Le mal de l’esclavage avec toi me fut doux,
Cependant aux humains c’est une grande peine.
Tu sais que je naquis de race phrygienne,
Fille d’un père libre et de richesse orné ;
Mais les dieux m’ont repris ce qu’ils m’avaient donné,
Et je fus ta servante, et non ta fiancée.
J’ai, depuis ce moment, partagé ta pensée,
Malgré ma servitude et ce rang inégal,
Reçue avec amour dans ton lit nuptial.
Par l’amour de ce lit sacré, je te supplie,
Ne m’abandonne pas il la force ennemie,
Car moi-même et ton fils, aussitôt, si tu meurs,
Esclaves chez les Grecs, nous connaîtrons les pleurs,
Et l’on dira de moi réunie aux captives :
« C’est l’épouse d’Ajax ! » Non, il faut que tu vives !
Vivre pour tes parents dans l’attente vieillis,
O prince ! pour ton fils qui n’aura pas d’amis,