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PAYSAGE

Reste ainsi près de moi, sur les vers que j’écris
Penchant ta grâce fine et ton frêle visage :
J’évoque dans tes yeux l’âme d’un paysage
Qui dort frileusement sous un pan de ciel gris.

C’est peut-être en Islande et peut-être en Norvège,
En un pays du Nord que je sens très lointain ;
Le paysage a froid dans un jour presque éteint,
Et les choses ont l’air d’attendre de la neige.

Nous sommes lù tous deux, vagues. Nous nous aimons.
Je ne sais rien de plus, je ne puis rien te dire,
Sinon que j’entrevois un peu de ton sourire,
Et qu’une brume, au loin, tremhle au contour des monts ;

Et que c’est un décor de teinte monotone
Qui s’harmonise avec tes yeux irrésolus,
Et qui n’est pas encore, et qui pourtant n’est plus,
Ni tout à fait l’hiver, ni tout à fait l’automne.

L’heure même, indécise autant que la saison,
Ou n’est pas encor claire, ou n’est pas encor sombre ;
Il peut sortir du jour, il peut sortir de l’ombre
Du crépuscule lent qui traîne à l’horizon.

D’où vient que nous avons au cœur la nostalgie
D’un lever de soleil ou d’étoiles ? Hélas !
Quel vain désir nous presse, et sommes-nous donc las
De la pénombre où notre amour se réfugie ?

Hors de nous comme en nous, n’avions-nous pas rêvé
Cette exquise douceur des molles demi-teintes,
Cette cendre qui tombe à nos âmes éteintes,
Ce calme, après l’effort, du cœur qui s’est trouvé ?

Regarde, la bonté des choses nous accueille,
Et, comme nous, dolente en ce pâle décor,
La sensibilité d’un lac frissonne encor
Le long des bois flétris qui meurent feuille ù feuille.

Un peu de vent tressaille aux pentes du coteau.
Il fait froid. Dans le gris du ciel qui s’y reflète,