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Votre chapeau de paille agitait sa guirlande,
Et votre col, d’un point de Gênes merveilleux
(De Gènes qui n’était peut-être que d’Irlande),
Se soulevait parfois jusqu’à, voiler vos yeux.
Noir comme un gros pâté sur la marge d’un texte
Tomba sur votre robe un insecte, et la peur
(Une peur qui n’était peut-être qu’un prétexte)
Vous jeta contre moi. — Cher insecte grimpeur !
Un grêle rameau sec levait sur le ciel pâle,
Ainsi que pour me mettre en garde, un doigt crochu.
Le soir vint. Vous croisiez sur votre gorge un châle
(Un châle qui n’était peut-être qu’un fichu).
L’ombre nous fit glisser aux pires confidences,
Et dans votre grand œil, plus tendre et plus hagard,
J’apercevais une âme aux profondes nuances
(Une âme qui n’était peut-être qu’un regard).

Nous reproduisons ci-dessous, à titre documentaire, les cinq sonnets d’envoi que M. Edmond Rostand écrivit, en 1894, sur les brochures des Romanesques adressées par lui à ses interprètes.

Ces pièces ainsi que le Sonnet à Sarah Bernhardt, L’Heure charmante et Le Souvenir Vague, nous ont été gracieusement communiqués par l’auteur.

SYLVETTE

Menu geste Watteau, sourire Trianon,
La fraise au col ainsi qu’un joli petit Gille,
Elle court, grimpe, saute, — et ce Saxe fragile
Va se briser, sans doute, à ces voltiges ?… Non.
Ce bibelot gymnaste a Reichenberg pour nom.
Reichenberg ! rire et grâce ! On pouffe lorsque, agile,
Elle arrache du mur le Cassandre pugile ;
On rêve lorsque, lente, elle met son linon.
Et ta voix, que faut-il, Suzanne, que j’en dise ?
Pastille pour la soif, piquante friandise,
Cristallisation rose et verte à la fois,
Tortillon à la poire ou bien à la groseille,
Fraîche vrille de sucre acidulé, ta voix
Est un bonbon anglais qu’on suce avec l’oreille.