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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/278

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Mais son affection ne s’est jamais lassée,
Je sens que ma santé lui cause des soucis.

Devant le même feu, sous les rideaux semblables,
J’entends son même pas résonner dans la cour…
O bonheur quotidien, puissant, inexorable,
Fixe comme l’horloge et le coucher du jour !…

Jours heureux ! ô fardeau des âmes désireuses !
Jours heureux ! qu’à la fin vous répandez d’ennui !
Je songe à vos beautés, liaisons malheureuses,
Aux cris de désespoir des amants dans la nuit.

Je songe à vous, cliers soirs des trahisons anciennes,
Angoisses de l’attente aux rendez-vous manques,
Maîtresses d’un instant, maîtresses incertaines,
O cœurs inconscients, travestis et masqués.

Quand verrai-je paraître un destin moins servile,
Des yeux secs, une main s’échappant dans ma main,
Des sentiments nouveaux sur un visage hostile,
Le charme du refus et l’attrait du dédain ?…

(Les Lèvres et le Secret.)

MA SINCÉRITÉ

J’ai dit que j’étais lâche à l’idée de la mort,
Ingrat, faux et menteur pour tous ceux qui m’aimèrent…
Dans l’amitié, l’amour, malgré tous mes efforts
De ne penser qu’à moi j’ai senti la misère.
J’ai dit m’ètre exempté des devoirs et des lois,
Que j’ai pleuré, ayant un cœur de pitié vide,
Et que je fus toujours de mon bonheur avide,
Que j’ai pris mon plaisir sans scrupule et sans choix.
J’ai tout dit : le dégoût, l’ennui, la jalousie,
Celle que j’adorais, dont je m’étais lassé,
La femme avec son écœurante poésie…
La vie est médiocre, et j’ai crié : assez !…
Tout dire ! n’est-ce pas le fait d’une âme basse
Qui tire vanité même de ses défauts,
De même que le pitre est fier de sa grimace,
La femme de son fard et de ses rires faux ?