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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/244

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Ne plus pleurer d’amour en voyant disparaître
Le bel enchantement d’une aurore d’un soir.

O tombes, que la terre éternelle égalise,
O monuments, aussi mortels que les vivants,
Et toi, fantôme presque écroulé de l’église
Soutenu par un lierre où s’accroche le vent,

Un jour, à cette place où je vois vos décombres,
Des plantes croiseront leur branchage épaissi,
Et sur le sol, rayé par le soleil et l’ombre,
Rien ne révélera que vous étiez ici.

Les roseaux de l’étang, pleins de cris sous la lune,
Feront un cadre noir autour de l’eau d’argent ;
Des cercles lumineux mourront aux rives brunes,
Quand les oiseaux pécheurs s’abattront en plongeant ;

Et du coteau, blanchi le premier par l’Aurore,
Les brumes glisseront, lentes, dans le vallon,
Et leurs voiles flottants où le matin se dore
Se couperont aux peupliers souples et longs ;

Et quand l’ombre sera blottie, au pied des arbres,
Quand le ciel sera plein du soleil aveuglant,
Les herbes d’eau, ainsi que les veines d’un marbre,
Dans le fleuve, seront vertes en ondulant ;
Et les soirs reviendront empourprer les nuages,
Pareils à tous les soirs où mon rêve a pleuré ;
Et les nuits reviendront bruire en le feuillage,
Comme les nuits où mon amour a soupiré ;
Et la Vie et la Mort lutteront sans issue ;
Et, se voilant sans fin sous les mêmes couleurs,
L’Eternité, semblable aux heures que j’ai vues,
Sera toujours l’Illusion ou la Douleur.

(Poèmes Dialogues.)

PRÈS DE LA SOURCE

Près de la source verdissant sous le soir rose,
Deux nymphes ont couché leurs formes ingénues ;
Leurs urnes sont encor si voisines des choses,
Que ces nymphes, naïvement, sont toutes nues.