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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/242

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On entre, on tourne à droite : une petite morte
Sourit dans un pastel effacé, presque blanc.

Dans tout ce simple enclos, c’est la seule chapelle.
Les autres tombes, c’est des fleurs entre des buis ;
Mais, sur les morts, les fleurs sont si douces, si belles
Qu’on pense voir sortir l’aurore de la nuit.

Comme les lys s ont blancs entre leshoux pleins d’ombre,
Comme le ciel est clair au-dessus des cyprès,
Et comme les vivants qui s’agitaient sans nombre
Sont calmes en dormant dans l’éternelle paix !

L’église est soutenue à peine par les lierres,
La voûte surbaissée écarte les piliers ;
Dans les vapeurs d’encens où montent les prières,
Les ailes des oiseaux font un vol familier.

Les gamins du village, en allant à l’école,
Se battent, pour jouer, dans le champ du repos ;
Sur la mousse du mur, les saponaires folles
Tremblent au vent, parmi d’immobiles pavots.

Et tout le jour, à port une mère, une veuve,
Dont on entend le pas sur le chemin sablé,
Nul bruit, que le murmure atténué du fleuve
Ou le bourdonnement du soleil dans les blés....

— Moi, ce matin, j’entends, très lointaine, une enclume :
Tel, le choc frémissant d’un vase de cristal ;
Et je vois, au delà des plaines, dans la brume,
L’eau vibrer, comme des paillettes de métal.

L’air est si pur, qu’il adoucit toutes les choses ;
La pénombre du bois devient blonde et bleuit ;
La ligne, entre le ciel et les collines roses,
Dans la clarté vaporeuse, s’évanouit :

On ne distingue plus où la terre commence,
On ne voit plus le ciel se poser sur les bois…
Au loin, sur la cité, la cathédrale immense
Semble un vaisseau flottant sur l’océan des toits.

De liquides reflets, dans les vitres, s’allument ;
Les grands murs blancs d’un parc, au pied des arbres blonds,
Glissent comme un sillage éblouissant d’écume
Qui ondule en suivant la houle du vallon.