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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/18

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jeunesse et de tendresse sous la rose lumière de la lune, et Sylvette et Percinet avaient comme des aspects de héros échappés de la forêt de Shakespeare, avec leurs caracos de satin et leurs habits de soie. Roméo écolier et Juliette colombinette. Et quelle langue, si allègrement française comme d’un Regnard qui eût mis en alexandrins la prose de Marivaux ! Ce fut là aussi que je vis combien le jeune poète avait — comment dire ? — le théâtre dans le sang. Il « indiquait » avec une précision admirable la façon dont il souhaitait que fussent dits ses vers. Il récitait, il jouait une scène avec la verve et la vérité d’un bon acteur de profession. » Les Romanesques valurent à M. Edmond Rostand le prix Toirac, décerné par l’Académie française à l’œuvre la plus remarquable jouée dans l’année au Théâtre-Français.

Nous avons dit que les Romanesques avaient attendu deux ans leur tour au Théâtre-Français. Ces deux ans d’attente n’avaient pas été perdus pour M. Rostand. Il avait écrit La Princesse lointaine. M. Coquelin aîné, qui jouait à ce moment Amphitryon avec Mme Sarah Bernhardt, assista à la lecture que le poète fit de son œuvre aux artistes de la Renaissance. A la sortie, le grand comédien, ravi, demanda à M. Rostand de lui faire une pièce. A quoi M. Rostand répondit qu’il rêvait d’un personnage dont la silhouette le poursuivait depuis le collège. Il parlait de Cyrano. Après la représentation de la Princesse lointaine, jouée par Mme Sarah Bernhardt au théâtre de la Renaissance, le 5 avril 1895, M. Edmond Rostand se mit à Cyrano. Le poète commença la pièce à Luchon, où il était allé passer l’été. Dans le même temps il achevait la Samaritaine, qui fut représentée à la Renaissance le mercredi saint, 14 avril 1897. Un mois auparavant, le 11 mars 1897, M. Rostand avait dit lui-même sur la scène de ce même théâtre son Ode à la Grèce, à une matinée donnée au profit des victimes de la guerre que la Grèce soutenait à ce moment contre les Turcs.

Le 28 décembre de cette même année 1897, M. Coquelin aîné jouait à la Porte-Saint-Martin Cyrano de Bergerac. La soirée ne fut qu’un long triomphe. Le succès éclata dès le premier acte, contagieux, bruyant, fait de surprise et de joie, et se poursuivit, étourdissant, jusqu’à la chute du rideau. Pour uue fois, en enregistrant la victoire, les critiques furent unanimes à juger comme le public.

« Le 28 décembre 1897 restera, je crois, une date dans nos annales dramatiques, écrivait Francisque Sarcey. Un poète nous est né, et ce qui me charme encore davantage, c’est que ce poète est un hommo de théâtre. Cyrano de Bergerac est une très belle œuvre, et le succès d’enthousiasme en a été si prodigieux que, pour trouver quelque chose de pareil, il faut remonter jusqu’aux récits que nous ont faits des premières représentations de Victor Hugo les témoins oculaires. C’est une œuvre de