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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/158

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Universel par qui l’humaine créature
Rejoint le Créateur à travers la nature !

[Le Semeur de Cendres.)

CETTE VIEILLE EST LA SŒUR
DES BORNES DU CHEMIN

Cette vieille est la sœur des bornes du chemin :
Elle est cassée, austère, anguleuse, immobile.
Un chapelet de fer enguirlande sa main,
Et les sous des passants dansent dans sa sébile.

Ses yeux blancs sont pareils aux lampes des tombeaux,
Sans éclat sous les arcs profonds de leurs ogives,
Et ses lèvres de chair morte font sans repos
Le murmure indistinct de deux feuilles plaintives,

Parfois, quand, le corps las, à la chute du jour,
Je regagne la ville, et mon âtre, et ma table,
L’équité du hasard me mène au carrefour
Où gémit sous la croix l’aveugle lamentable.

Et je m’arrête alors devant elle, songeant
Que j’assiste au vivant spectacle de mon âme,
Et je lui dis : « Voici quelques pièces d’argent,
Priez pour moi qui suis sans amour, pauvre femme ! »

[Le Semeur de Cendres.)

C’EST VOUS, VOLUPTUEUX CHÉNIER,
VOUS, GRAND VIRGILE…

C’est vous, volupteux Chénier, vous, grand Virgile,
Que j’ouvre aux jours dorés de l’automne, en rêvant,
Le soir, dans un jardin solitaire et tranquille
Où tombent des fruits lourds détachés par le vent.
Je vous lis d’un esprit inquiet, et j’envie
Vos amantes, Chénier ! Virgile, vos héros !
Moi que rien de fécond ne tente dans la vie,
La lutte, ni l’amour, ni les simples travaux,
Et qui trouve, ironique entre les philosophes,