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J’aurais voulu rugir plus haut que la marée, Me dissiper dans l’air sonore avec l’embrun, Et sans mourir atteindre à l’extase sacrée Où l’âme anéantie et Dieu ne font plus qu’un.

Mais le déclin des flots découvrait le rivage ; Dans les antres du roc la mer ne grondait plus ; Et le bruit de mon sang, désormais moins sauvage, S’accordait aux rumeurs songeuses du reflux.

La nuit montait avec sa suite d’heures graves ; Sa robe caressait le sable bruissant. Et, secouant alors ses charnelles entraves, Elancé vers l’azur d’un coup d’aile puissant,

Mon esprit t’embrassait d’une plus vaste étreinte, O mer dont les sillons ne portent pas d’épis, Mais qui d’un pôle à l’autre enflant ta large plainte, Roules avarement des perles dans tes plis !

Je comparais aux fruits que forme la pensée Ces trésors qu’en secret tu mûris loin du jour, Et ton âme stérile en fureurs dépensée Au cœur qui retentit des sanglots de l’amour.

Et ma pitié tombait sur toi, matière obscure Qui ne sauras jamais ta force et ta beauté, Et qui bouges sans fin avec un long murmure Tes flancs voluptueux qui n’ont point enfanté.

Je vous bénis, moments de force où le poète, Plongeant comme une cime en plein ciel et devant L’horizon sans rivage et la mer inquiète, Proclame son orgueil aux quatre aires du vent !

Soirs purs où, délivré du vain bruit de la terre, Cet homme qui cachait son rôve par pudeur, Se trouvant seul avec la solitude austère, Mesure enfin son âme et connaît sa grandeur ! </poem>

(Le Semeur de Cendres.)