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La guêpe des fruits mûrs s’attaque aux seins de marbre ; Songe aux amants qu’on a vus rire avec orgueil : Les noms entrelacés qu’ils gravaient sur un arbre Sous l’écorce ont marqué le bois de leur cercueil.’

La trompe aux rauques sons qu’un pâtre morne embouche Rassemble les troupeaux épars sur les prés ras. Toi, devant le soleil soucieux qui se couche, Songe à tous les soleils qui ne renaîtront pas ;

Et tandis qu’abordant au ciel, la nuit sévère Plante dans le linceul du jour enseveli Des astres plus cruels que les clous du Calvaire, Loin du roc par le flot séculaire poli,

Loin des vents querelleurs et de la mer qui tonne, Remporte en gravissant d’un pas triste et cassé Des chemins sans échos au bâton qui tâtonne, Le silence d’un cœur où l’amour a passé. </poem>

(Le Semeur de Cendres.)

A L’HEURE OU L’ORIENT…

A l’heure où l’orient d’étoiles se diapre,
J’allais sur les rochers qui dominent la mer,
Seul et riant d’orgueil sous l’assaut du vent âpre,
Goûter une orageuse ivresse de la chair.

Le ressac lourd tonnait au bas du promontoire.
Je mesurais l’ampleur des cieux occidentaux
D’où le soleil déchu trahit encor sa gloire
Par un rayon de feu qui traîne sur les eaux.

Et debout contre un roc ruisselant du calvaire
Que les flots éternels goutte à goutte ont sculpté,
Comme une croix au bord du gouffre solitaire,
J’égalais par mes bras ouverts l’immensité.

Mon cœur gonflé battait avec le cœur du monde,
Mes veines charriaient le sel de l’Océan,
Et je sentais germer en moi, clarté féconde,
Les astres que la nuit agite dans son van.