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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/148

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La source de ma vie élargissant ses ondes
S’échappe, fuit, grandit, et prenant son élan
S’épanche dans la paix d’an splendide océan
Pour s’unir à jamais à la source des mondes.

Mon essence se mêle aux choses : je suis tout
Ce qu’engendre et détruit l’Illusion sacrée,
Et du mal d’exister mon âme délivrée
Dans un volupteux vertige se dissout

L’antique vision de l’Univers s’efface.
Etant tout ce qui est, je n’ai plus de désir ;
Rien ne commence plus, rien ne doit plus finir,
Et je ne connais plus ni le Temps ni l’Espace.

Je ne suis plus : je suis et la terre et le ciel,
Je suis les astres d’or, je suis l’aurore rose,
La nuit qu’un scintillant fleuve de lait arrose,
Les vallons et les bois tout parfumés de miel.

Hon âme libérée a pris toutes les formes ;
Elle est la biche, et la colombe, et le serpent,
Elle est l’aigle et sa proie, et la feuille et le vent,
Et l’azur qui se joue à la cime des ormes.

Il n’est plus rien de bien, il n’est plus rien de mal,
Plus de commencements, plus d’effets, plus de causes ;
Par delà le vain jeu de ses métamorphoses
Elle coule & pleins bords d’un flot toujours égal.

Les sens n’abusent plus mon âme, et les fantômes
Qui naissaient dans mes yeux disparaissent au fond
Du gouffre universel où rentre et se confond
Le flux toujours mouvant et changeant des atomes.

Je meurs et je revis ; mon esprit dilaté
Absorbe et nie en lui toutes les apparences,
Et, mêlé pour toujours aux divines essences,
Rentre dans le néant au sein de l’Unité.

(Le Coffret d’Ébène.)