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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/146

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LES THERMOPYLES

Les boucliers luisants sont suspendus au hêtre.
La gorge est endormie et sombre encore. Auprès
De leur chef, les guerriers, sans peur et sans regrets,
Attendent leur destin. Le soleil va paraître.

Demain, la Grèce en deuil les pleurera : le prêtre
A consulté les dieux ; ils mourront. Ils sont prêts.
Déjà par le sentier, caché dans les cyprès,
Hydaraès vient sans bruit, accompagné d’un traître.

Mais soit ! sous un nuage épais de traits stridents,
A l’ombre ils lutteront de la pique et des dents.
Derrière eux, comme un mur, les rochers droits s’étagent.

Et si le fer se brise, ils prendront le bâton.
En ce moment, d’une âme égale, ils se partagent
Quelques figues. Ce soir, ils soupent chez Pluton. !

(La Cithare.)

BATAILLE NAVALE

FRAGMENT

Les flottes d’un élan se sont jointes : le choc
Retentit formidable, et roule, et se disperse ;
Le ciel s’est obscurci sous une noire averse
De traits, et les flots lourds se heurtent tout d’un bloc.

De nos vaisseaux Arès se sert comme d’un soc
Pour labourer ses champs. Les navires du Perse
Se sont cabrés, et sous le rostre qui les perce,
Refoulés vers la rive, éclatent sur le roc.

La nuit monte, et toujours luttent les plus illustres…
Sur le pont, à la proue, accrochés aux aplustres.
Mais voici que la lune épanche sa clarté…

Et l’on voit, tout à coup, resplendir la Patrie,
Les sommets glorieux et le golfe argenté,
Et la mer, libre enfin, de cadavres fleurie.

(La Cithare.)