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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/138

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LA CAPITALE

L’énorme capitale est un fruit douloureux.
Son écorce effondrée et ses pulpes trop mûres
Teignent opulemment leurs riches pourritures
D’or vert, de violet et de roux phosphoreux.

Lâchant un jus épais, douceâtre et cancéreux,
Ses spongieuses chairs fondent sous les morsures,
Et ses poisons pensifs font germer les luxures
Et les péchés malsains dans les cerveaux fiévreux.

Tel est son goût exquis, tel son piment bizarre,
— Gingembre macéré dans un élixir rare, —
Que j’y plongeai mes dents avec avidité.

J’ai mangé du vertige et bu de la folie.
Et c’est pourquoi je traîne un corps débilité
Où ma jeunesse meurt dans ma force abolie.

(La Nuit.)

HALL UCINATION

Quelqu’un a dévissé le sommet de ma tête ;

Mon cerveau rouge luit comme une horrible bête.

Sac vineux d’une pieuvre énorme, il s’arrondit,
Il palpite, il s’agite et tout à coup bondit.

Traînant de longs filets de nerfs tentaculaires,
Il nage, peuplant l’air de suçoirs circulaires,

Il nage éperdument, menaçant, triomphant,
Dans les lieux fréquentés par la femme et l’enfant.

Ses lourds et sombres yeux, tout de braise et de soie
Brillent hideusement lorsque passe une proie.

Malheur aux jeunes fronts fiers, rêveurs et pensifs :
La bête les enlace en ses nœuds convulsifs.

Elle a faim de la pulpe où saignent les idées,
Et son bec dur se plaît aux tètes bien vidées.