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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/115

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Elle-même irritait ma tenace blessure.
L’homme de son poison corrompait la nature ;
Devant mes yeux tout dressait la ville lointaine :
Je reprochais aux vents une voix trop humaine
Et d’être la huée qui poursuivait ma peine ;
L’insecte sur la fleur bourdonnait une injure,
Et les pleurs innocents que versent les fontaines
Faisaient couler en moi le souvenir de pleurs
Qui brûlaient et de pleurs qui étaient des menteurs.

Ah ! sans trouver jamais nulle part un refuge,
Mon âme se fuyait comme on fuit un déluge.

Mon rêve m’enlevait au sommet des montagnes
Ou me perdait parmi quelque vaste campagne ;
Mon rêve était la barque au milieu de la mer.
Mais partout j’emportais au profond de ma chair,
Au profond de mon cœur, au profond de mon âme,
L’odieux souvenir aigu comme le fer,
Mordant comme des crocs, brûlant comme la flamme.
En vain je faisais taire autour de moi la vie :
Elle hurlait plus fort, vieille et neuve, en mon âme ;
Dans aujourd’hui muet j’entendais mieux hier,
Hier, pauvre blessé qui toujours pleure ou crie.

Mon rêve de repos me penchait sur la mort ;
Je reculais, tremblant de peur et d’ignorance,
Tremblant de retrouver ma fidèle souffrance
Dans la tombe, ce lit où peut-être l’on dort
D’un sommeil si léger que l’on y sent encor.

Mes rêves avaient soif et ne trouvaient point d’eau ;
Mes rêves, pauvre fuite lasse de troupeau…


II


Tu es un passé mort, ô jeunesse servile,
Cheval qui ne savais renverser l’amazone.
Tu es le passé mort, ma jeunesse stérile ;
Je suis entré riant au jardin de l’automne,
Et j’entends le conseil du grand arbre immobile.

J’ai mis mon cœur rugueux sur moi comme une écorce
Et je me tiens debout dans l’orgueil de ma force.