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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/94

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Son feuillage léger décore
Notre vieille et simple maison :
Mais j’ai, pour la chérir encore,
Une autre secrète raison.
Dieu fit d’elle le pur emblème
De la loi du monde moral ;
Car mieux encor que l’homme même
Elle rend le bien pour le mal.
Qu’une main cruelle ou distraite
Brise un de ses rameaux en pleurs ;
Là même où la blessure est faite
Germeront des grappes de fleurs.
Homme ou poète, la glycine
Te donne une double leçon :
Imite sa douceur divine.
Malgré l’injustice sois bon !
Et si ton âme fut brisée
Par le sort on par les méchants,
De ta douleur cicatrisée
Fais jaillir les fleurs de tes chants !

(Amicis : Élégies.)

LES DEUX GOÉLANDS

Je vois chaque matin, au lever de l’aurore,
Deux goélands jumeaux, qui planent dans les cicux.
Décrivant au-dessus de la vague sonore
La courbe de leur vol calme et silencieux.
Lentement dans l’éther que la lumière dore,
Ils glissent d’un essor pareil, insoucieux
De ces pauvres humains qui s’éveillent encore
Pour reprendre leur joug et tirer leurs essieux.
Mais eux, montant toujours plus haut dans la lumière,
Ils ont su conserver la liberté première,
Ils n’ont d’autres soucis que d’ouvrir l’aile aux vents ;
Leur solitude à deux est limpide et profonde ;
Ils s’aiment en planant loin des bruits de ce monde...
Comme je vous envie, ô pâles elkovans !

(Poèmes ëpars : Sonnets.)