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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/63

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LES DEUX ROSES

Hier, sous la verte tonnelle
J’aperçus Rose qui pleurait,
Et, pleurant, de larmes couvrait
Une rose, moins rose qu’elle.

« Qui peut te causer tel regret ?
Dis-je à la blonde colombelle.
— Ah ! Monsieur, répondit la belle,
Entre nous, c’est un grand secret !

« Je passais là, lorsqu’une rose,
Celle-là que de pleurs j’arrose,
M’a dit de sa plus douce voix :

« Rose ouverte plus ne se ferme ! »
Et mon cœur qui s’ouvre, je crois,
Au petit pâtre de la ferme ! »

RÊVES AMBITIEUX

Si j’avais un arpent de sol, mont, val ou plaine,
Avec un filet d’eau, torrent, source ou ruisseau,
J’y planterais un arbre, olivier, saule ou frêne,
J’y bâtirais un toit, chaume, tuile ou roseau.

Sur mon arbre, un doux nid, gramen, duvet ou laine,
Retiendrait un chanteur, pinson, merle ou moineau.
Sous mon toit, un doux lit, hamac, natte ou berceau,
Retiendrait une enfant, blonde, brune ou châtaine.

Je ne veux qu’un arpent ; pour le mesurer mieux,
Je dirais à l’enfant la plus belle à mes yeux :
« Tiens-toi debout devant le soleil qui se lève ;

« Aussi loin que ton ombre ira sur le gazon,
Aussi loin je m’en vais tracer mon horizon. »
Tout bonheur que la main n’atteint pas n’est qu’un rêve