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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/600

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Pendant qu’il jette au vent les semences légères,
Le geste lent, les reins tendus, le front baissé,
Broyant sous ses talons les petites fougères
Qui pendillent au bord du sillon commencé,

Moi, je mords les cailloux et j’écarte la ronce,
La racine obstinée ou le lierre têtu,
Et sous la terre obscure et froide je m’enfonce,
Dans le déchirement du soc rude et pointu.
Et le soc est pareil à la coquille lisse
Dont la spirale fend le vaste flot amer,
Afin qu’autour de lui le sol soulevé glisse,
Léger comme une vague aux flancs bleus de la mer.

Le matin rit, les monts se dentellent de brume,
L’oiseau chante son chant dans le creux des rochers,
Le brin d’herbe tressaille au vent, le sillon fume
Ainsi qu’un ventre ouvert au seuil noir des bouchers.
Soleil, divin Soleil, père des moissons blondes !
Viens voir l’Homme, vêtu de misère et de chair
Collaborer, devant l’éternité des mondes,
Avec le bois, avec la bête, avec le fer !
La marche haletante et pénible des couples,
L’effort lent des jarrets dans les sentiers bourbeux
Font sous les poils tordus craquer les muscles souples
Au poitrail des chevaux, aux reins puissants des bœufs.

Au détour des sentiers creusés par les charrettes,
Les gamins font dans l’air claquer des fouets d’osier.
Les vieux chevaux, avec leur bon rire de bêtes,
Montrent leurs longues dents où luit le frein d’acier.

Le paysan bruni, les deux mains sous sa gourde,
Boit par moment un peu de force, à petits coups ;
Et les bœufs patients baissent leur tête lourde,
Regardant la nature avec leurs grands yeux doux.

Et je fais mon devoir dans l’énorme mystère,
Dans les profonds sillons de lumière inondés,
Dans le ruissellement des sèves de la terre,
Dans le gonflement sourd des germes fécondés.

Et c’est pourquoi j’ai droit à l’amour des poètes
Qui chantent le ciel bleu, la vigne et messidor ;