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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/597

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Nous accorda-t-elle en partage
Les seules ronces du chemin ?
Au soleil chacun a sa place ;
Le manteau d’un heureux qui passe
Offense notre nudité ;
La terre est la commune mère ;
Et faire l’aumône à son frère,
C’est nier la fraternité !

III

Eh ! que nous parle-t-on encore
De la rayonnante pitié
Que le vieux monde vit éclore
Dans le sang du Crucifié ?
A-t-il donc été le seul Juste ?
Croit-on que le Progrès auguste
Au pied du gibet s’arrêta,
Et que l’esprit n’a d’autre règle
Que de balancer son vol d’aigle
Sur les hauteurs du Golgotha ?
Tout ce qu’affirme le génie
Dans ses systèmes éclatants
Concourt à l’immense harmonie
A travers la chaîne des temps.
A chaque siècle un Christ arrive
Qui s’assied, immortel convive,
Au banquet de l’Humanité ;
Et les uns écrivent : Justice !
Où l’autre écrivait : Sacrifice !
Renoncement et Pauvreté !

Quand la bise ébranle la porte
Des vieillards que l’hiver atteint,
Il est certes bon qu’on apporte
Une branche au foyer éteint ;
Il est bon que les jeunes filles
Laissent dans les pauvres familles
Des manteaux de bure et des draps,
Et que Vincent de Paul surgisse,
Doux précurseur de la Justice,
Avec des enfants dans les bras.