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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/596

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LE DROIT AU BONHEUR

I

Quand on leur dit : « J’ai sans relâche,
Dès l’appel du coq matinal,
Largement accompli ma tâche
Dans le grand œuvre social ;
Mais voilà que ma tête blanche
Se refroidit et qu’elle penche
Comme un fruit qu’a mûri l’été ! »
Ils vous répondent : « Prends courage !
Ton bras se refuse à l’ouvrage ;
Nous te ferons la charité ! »

II

La charité, non pas ! Nous sommes,
Sous la vaste clarté des cieux,
Debout comme les autres hommes
Et nés de la femme comme eux.
La même éternelle matière
Sentira la même poussière
Enfanter un germe nouveau,
Quand la mort muette et glacée
Aura fait taire la pensée
Qui vibre dans notre cerveau.

Qui donc a lu dans les étoiles
Que, sans jamais se reposer,
Lèvent doit déchirer nos voiles
Et sur les écueils nous briser ?
Qu’il faut la tempête à notre onde ?
Qu’il est des êtres dans le monde
Marqués au front pour le malheur,
Et qu’au moment où sur la terre
On boit le bonheur à plein verre,
Nous n’avons pas droit au bonheur ?

La Nature, dans l’héritage
Qu’elle transmit au genre humain,