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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/582

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EN LISANT L’ÉVANGILE

Sur le morne gazon du Jardin des Olives,
Le Christ agenouillé pleure comme un enfant.
— Mon cœur d’homme coupable et baptisé se fend
A lire le récit de ces heures plaintives.

Mon Ame, c’est pour toi, c’est afin que tu vives,
Que ce Juste aux bourreaux livre son corps vivant
Et qu’il vient attester son Idéal, devant
Le grand festin du monde et ses cruels convives !

Mon Ame, c’est sur toi que ce Juste est penché
Et sur l’obscur troupeau de tes sœurs en péché,
Durant l’accablement de sa nuit d’agoniel

Pourtant, mon Ame, et vous, sœurs en anxiété,
Vous gémissez encor dans une ombre infinie,
Comme si tout cela n’avait jamais été !…

(Les Aveux.)

DÉSESPOIR EN DIEU

Oh ! qu’il fût seulement une personne, un être !
Qu’à l’heure où l’on se sent mourir de désespoir
On pût voir là quelqu’un, oh ! même sans le voir,
Le sentir là, vivant, et qui pût nous connaître !

Tendre Dieu paternel, outyrannique maître,
Que seulement on pût près de son cœur s’asseoir,
Comme Jean, près du cœur de Jésus, fit un soir,
Ou l’insulter, l’étreindre, et d’horreur se repaître !

O Dieu, parais, éclaire un si sombre univers !…
— Hélas ! que l’homme en pleurs tende ses bras ouverts,
Ou qu’il crispe son poing frénétique, et blasphème,

La matière se meut en sa stupidité,
L’affreuse solitude est à jamais la même,
Et l’homme seul répond à l’homme épouvanté.

(Les Aveux.)