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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/579

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Et lorsque le vaisseau, parti pour d’autres mondes,
Escalade les plis démesurés des oudes
Qui l’emportent au ciel brumeux de l’Occident,
Longtemps encor, parmi la vapeur, les cordages,
Et les groupes bronzés des matelots sauvages,
Les fleurs de Zante en font un oasis flottant.
Moi-même, aux jours obscurs où de douces pensées
M’évoquent la beauté des heures éclipsées,
Que j’ai revu de fois — souvenir décevant ! —
Ton ciel clair, tes flots bleus roulant des pierreries,
Et les riches bouquets de tes barques fleuries,
O Zante, fleur lointaine et douce du Levant !

(Les Aveux.)

NUIT D’ÉTÉ

O nuit, ô douce nuit d’été, qui viens à nous
Parmi les foins coupés et sous la lune rose,
Tu dis aux amoureux de se mettre à genoux,
Et sur leur front brûlant un souffle frais se pose !
O nuit, ô douce nuit d’été, qui fais fleurir
Les fleurs dans les gazons et les fleurs sur les branches,
Tu dis aux tendres cœurs des femmes de s’ouvrir,
Et sous les blonds tilleuls errent des formes blanches !
O nuit, ô douce nuit d’été, qui sur les mers
Alanguis le sanglot des houles convulsées,
Tu dis aux isolés de n’être pas amers,
Et la paix de ton ciel descend dans leurs pensées
O nuit, ô douce nuit d’été qui parles bas,
Tes pieds se font légers et ta voix endormante,
Pour que les pauvres morts ne se réveillent pas,
Eux qui ne peuvent plus aimer, ô nuit aimante !

(Les Aveux.)

L’HEURE PENSIVE

Comme la clarté molle et tiède d’un soir bleu
Convient seule aux baisers prolongés d’un adieu ;
Comme aux égarements d’une débauche amère