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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/571

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« Cet oiseau croit en Dieu, dit le plus jeune frère :
Il ne craint ni l’autour ni l’oiseleur cruel.
C’est la foi qui l’emporte en son vol téméraire.
Cet oiseau croit en Dieu, j’en atteste le Ciel. »
Le vieillard répondit : « Lorsque les alouettes
Ont achevé leur nid dans les blés encor verts,
Il leur prend un désir, le désir des poètes,
Elles vont de leur joie informer l’univers.
Alors on voit monter au ciel, l’aile tendue,
Le bienheureux époux par l’épouse agréé,
Comme si sa chanson devait être entendue
Jusque dans les parvis du Dieu qui l’a créé.
Ce qui le fait chanter, est-ce un bien qu’il espère ?
Non, c’est un bien présent, le bonheur d’être époux.
Peut-être est-ce déjà le bonheur d’être père ;
C’est le bonheur d’aimer qui n’est pas fait pour nous. »
Son compagnon reprit, sévère en sa réserve :
« Ce qui tient de la chair ne séduit plus nos yeux.
De ses tentations que le Ciel nous préserve !
Lévites consacrés, frère, nous avons mieux,
Car nous avons l’autel, la prière et le jeûne. »
A ce mot, le vieillard eut un sourire amer :
« J’ai pensé comme vous, frère, quand j’étais jeune. »
L’ascète adolescent crut voir s’ouvrir l’enfer.
Il fit un mouvement d’horreur, involontaire.
Mais le vieillard reprit : « Mon frère, pardonnez.
J’ai laissé de mon cœur échapper le mystère.
Hélas ! de ces aveux si vous vous étonnez,
Que ce soit pour me plaindre, et non pour me maudire.
L’heure du repentir n’existe pas pour nous.
Je n’ai plus pour longtemps à souffrir mon martyre.
Prions, frère, prions ; vous pour moi, moi pour vous ! »

Puis, voyant le soleil descendre, ils se levèrent
Et reprirent, pensifs, l’étroit sentier pierreux.
Comme ils étaient sortis les deux moines rentrèrent,
Et la grille de fer se referma sur eux.