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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/551

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Sait bien qu’il a le droit d’exiger pour sa tâche

Un fraternel morceau de pain, Cet homme, en te voyant est ému, car il pense : « Voici l’œuvre de tous, la juste récompense

De l’obstiné labeur humain. »
Ton retour imprévu met la famille en fête ;
L’angoisse étreint les cœurs quand la femme inquiète

Dit au logis : « Le pain est cher… »
Ah [[fais-nous entrevoir la grande paix future !
Parle-nous I instruis-nous I deviens la nourriture

De l’esprit comme de la chair !

Fait par tous et pour tous, dis-nous, ô pain des hommes, Qu’il serait temps de vivre en frères que nous sommes,

Las enfin de nous égorger ;
Inspire-nous l’horreur de la lutte farouche
Où nous nous arrachons les morceanx de la bouche,

Au lieu d’apprendre à partager !
Parle, et que dans nos cœurs ton appel retentisse !
Dis-nous qu’il faut toujours avoir faim de justice,

Toi dont le pauvre a toujours faim !
Dis-nous qu’en allégeant la commune souffrance
Nous devons préparer le jour de délivrance

Où nul ne manquera de pain !

Avant que dans la pure et sereine harmonie
Par toi le genre humain tout entier communie,

O fleur joyeuse du froment,
Groupe au même banquet, loin des êtres de proie,
Les hommes d’avenir qui viennent avec joie

Te rompre fraternellement !

« J’étais, leur diras-tu, la semence enfouie
Dans le champ vaste et nu que défonce la pluie,

Que soufflette le vent glacé.
Lentement je grandis ; je me gonflai de sève ;
Je portai mes fruits d’or ; mais la gloire en fut brève :

La faux sifflante avait passé.

« Pourtant je survécus par une force étrange.
Moissonné, flagellé, je languis dans la grange ;

J’étouffai dans un sac trop plein.
On me porta, plus tard, au bord de la rivière ;