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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/531

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La rie est pour nous tous une guerre sans trêve ;
Tant qu’on se bat encor, fût-il couvert de sang.
Nul soldat n’a le droit d’abandonner son rang
Et de jeter pour fuir sa cuirasse et son glaive.

(Poésies complètes : La Lampe d’argile.)

BRETAGNE

Bretagne, ce que j’aime en toi, mon cher pays,
Ce n’est pas seulement la grâce avec la force,
Le sol âpre et les fleurs douces, la rude écorce
Des chênes et la molle épaisseur des taillis ;

Ni qu’au brusque tournant d’une cote sauvage,
S’ouvre un golfe où des pins se mirent dans l’azur,
Ou qu’un frais vallon vert, à midi même obscur.
Pende au versant d’un mont que le soleil ravage.

Ce n’est pas l’Atlantique et ton ciel tempéré,
Les chemins creux courant sous un talus doré,
Les vergers clos d’épine et qu’empourpre la pomme ;

C’est que, sur ta falaise ou ta grève souvent,
Déjà triste et blessé lorsque j’étais enfant,
J’ai passé tout un jour sans voir paraître un homme.

(Poésies complètes : Vesper.)

LE CHOIX

Comme un drap de vieil or broché de velours noir,
Du côté du couchant le ciel forme, ce soir,
Un fond splendide et morne aux feuilles de la haie.
C’est l’heure de silence où notre âme s’effraie
De la rapidité des jours et des saisons
Et lit sa fin prochaine au deuil des horizons.
Que de soleils, depuis que je rêve en ce monde,
Sont ainsi descendus par leur route profonde
Dans le stérile éclat de leur règne empourpré !
Et j’ignore combien désormais j’en verrai.
Certes la vie est brève, et les sages antiques,
Tout en dissimulant sous des plis poétiques