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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/476

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Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l’enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge,
Chaud comme un sein,

Et quand, pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche,
On sort le pain ;

Quand sous les poutres enfumées
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons ;

Quand ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres petits pleins de givre I
Qu’ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au grillage, chantant des choses
Entre les trous,

Mais bien bas, comme une prière,
Repliés vers cette lumière
Du ciel rouvert,

— Si fort qu’ils crèvent leur culotte
Et que leur lange blanc tremblote
Au vent d’hiver…

BATEAU IVRE

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles.
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.