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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/47

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En 1828, il écrivit son Tableau de la poésie au seizième siècle, ouvrage « tout plein de la pensée du présent, où il s’efforçait, en réhabilitant Ronsard, de donner au romantisme ce qui lui manquait, une tradition, et de faire apparaître la révolution littéraire comme un retour à l’art du xvie siècle ».

Il publia en 1829 un petit volume intitulé Vie, Poésies et Pensées de Joseph Delorme. « A travers les exagérations de sentiment et de couleur que lui imposait le parti pris romantique, sous l’étalage des misères pathologiques et morales de son héros phtisique et ennuyé, un goût original de réalité bourgeoise et humble se faisait jour dans ce recueil : paysages de banlieue, scènes de faubourg, détails vulgaires et domestiques, sentiments sans grandeur et comme rapetissés à la mesure de la vie. » Dans les Pensées de Joseph Delorme, Sainte-Beuve fait l’apologie du romantisme, qu’il s’efforce de rattacher à André Chénier comme à un précurseur.

En 1830 paraissent les Consolations. Le poète veut s’élever « au seuil du sanctuaire éternel » sur des « ailes d’ange », et déclare qu’il « accepte Dieu et toutes ses conséquences ». Toute cette religiosité était plaquée et ne devait pas tarder à s’écailler… Après avoir traversé les mondes les plus divers et s’être sondé à maintes reprises, il prend enfin nettement conscience de l’impossibilité où il est de croire : « J’ai le sentiment de ces choses, écrit-il vers 1835, mais je n’ai pas ces choses mêmes. » Ses liaisons avec les catholiques se dénouent peu à peu. Sa rupture avec Victor Hugo le détache des romantiques.

Dans son roman Volupté (1834), Sainte-Beuve se raconte et s’analyse. Désormais, il a trouvé sa voie. Il renonce à être créateur en art : il sent qu’il est fait pour la critique. Son dernier recueil de vers, Pensées d’août, qui paraît en 1837, « teinté encore d’émotion religieuse, ne contient plus guère de confidences lyriques ; ce sont des études analytiques, des imitations de poètes étrangers, des causeries lettrées et critiques, où se révèle surtout l’âme d’un curieux ».

A partir de ce moment, l’histoire et la critique vont l’absorber entièrement, et il donnera successivement les Portraits littéraires (1839-1844), l’Histoire de Port-Royal (1840-1862), les Portraits de femmes (1844), les Portraits contemporains (1846), les Causeries du lundi (1851-1862), les Nouveaux Lundis (1863 et années suivantes) et tant d’œuvres par lesquelles s’est affirmée définitivement sa supériorité. « Dans ses critiques, dit M. Gustave Lanson, à qui nous empruntons les détails qu’on vient de lire, il poursuit obstinément le vrai, n’admettant pas qu’on puisse le dissimuler, le voiler, pour quelque raison que ce soit : respect filial ou attachement de famille, passion politique, amitié personnelle. Il n’admet pas de scrupule littéraire qui oblige à idéaliser les peintures. « Si j’avais une devise, écrit-il, ce serait le